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Un siècle de modernité à Venise

Un siècle de modernité à Venise

    La 14e Biennale internationale d'architecture s'est ouverte le 7 juin à Venise, avec l'annonce des fameux Lions d'or, qui récompensent les meilleurs pavillons ou travaux. Lion d'or au pavillon coréen, Lion d'argent au Chili, le pavillon français s'en sortant honorablement avec une mention spéciale.

    En appelant Rem Koolhaas, célébrissime architecte et penseur, comme directeur de cette 14e Biennale, l'inamovible président Paolo Baratta semblait prendre un risque. Travaillant dans le monde entier, lauréat du prix Pritzker en 2000, le Néerlandais passe pour être capable de surprises radicales. De Lille à Seattle, et de Porto à Pékin, il n'a pas hésité à proposer des projets coups de poing, que ses admirateurs ont recueillis comme les premiers chrétiens recevaient les paroles du Christ.
    Or, de surprises, la Biennale d'architecture n'en réservait plus vraiment, se répétant d'année en année tel un grand marché ambulant où chacun apportait ses produits pour en emporter d'autres censés être plus frais. Des architectes stars étaient convoqués, les pays participants se lançaient dans une féroce concurrence, et chacun de se triturer les méninges pour savoir comment répondre à un thème proposé toujours trop tard avant l'ouverture.

    Finie la comédie, s'est dit en lui-même Koolhaas qui, avec un calendrier plus favorable pour lui-même comme pour les participants, a voulu revenir aux « fondamentaux », tant de la Biennale que de l'architecture. Et sitôt dit, sitôt fait. Le thème de 2014 serait justement ces fondamentaux (« Fundamentals »). Cela a amusé les pays musulmans qui, comme le Maroc, ont vu l'occasion d'un jeu de mots avec le fondamentalisme.

    Les autres pays ont cherché, chacun dans son espace, à répondre au devoir de vacances que Koolhaas leur suggérait derrière « Fondamentals » : « L'Absorption de la modernité 1914-2014 ». Sous-entendu : comprendre le siècle de la modernité, de ses premiers pas à ce qui semble être le moment de sa fin théorique, c'est revenir aux prémices de l'architecture, au temps où la théorie n'avait d'autre fin que de décrire des styles ou des écoles.

    CAS EXTRÊME D'ANTHROPOPHAGIE ARCHITECTURALE

    Mais qui dit absorber, risque de dire régurgiter. D'où une joyeuse danse du ventre entre les pays qui digèrent à présent le concept de modernité, ceux qui l'ont toujours vomi, et ceux qui se sentent seulement aujourd'hui obligés d'y goûter. L'Allemagne, par exemple, a reconstruit une villa présidentielle de sa passagère capitale, Bonn, à l'intérieur de son pavillon vénitien, modèle de modernité néoclassique.

    C'est là un cas extrême d'anthropophagie architecturale. Mais, dans la plupart des cas, le régime passe mal, et le terme de « moderne » engendre des réactions destructrices ou catastrophistes. Est-ce l'effet du pessimisme lucide de Koolhaas, qui viendrait imprégner la réflexion des commissaires nationaux ? Est-ce l'impact de la globalisation de la pensée architecturale ? La modernité apparaît volontiers en même temps que son double supposé, la ruine : charpie de béton, fers rouillés, terres brûlées ou contaminées…

    Le propos, qui se fait clairement politique à l'échelle de la Biennale, se réduit un peu à l'échelle des pavillons, qui ne parviennent pas toujours à parler couramment le Koolhaas. La France, aimablement universitaire, sourit de sa modernité autour de la villa de Mon oncle, le film de Jacques Tati, et décrit le monde moderne comme une opposition entre Jean Prouvé, illustre ingénieur du métal, et Raymond Camus, roi de la préfabrication lourde et des panneaux de béton.

    KOOLHAAS, SEULE VEDETTE REPÉRABLE

    La Russie cherche à faire rire – jaune – de sa modernité relative en bradant les éléments d'un monde sans repères dans une sorte de foire. La Corée du Sud entreprend de faire connaître l'actualité contemporaine, silencieuse jusqu'à l'étouffement de la Corée du Nord. Quelques autres font émerger les figures d'une histoire où de vieux mondes connus se font laminer par une actualité flambante, à la fois créative – l'Espagne – et/ou désespérée – le Japon, le Chili.

    Dans tous les pavillons, on note la quasi-absence des architectes stars qui illuminaient les biennales précédentes. D'où un palmarès exempt de noms célèbres, statut réservé de fait à Koolhaas, seule vedette repérable. Avec ses équipes (son agence de conception, AMO, l'université Harvard…), ses disciples et élèves, il a d'ailleurs pris en main deux des ensembles majeurs des pavillons Arsenal et Giardini. C'est d'abord, à l'Arsenal, Monditalia, une vision du monde réinterprétée à travers l'histoire de la Péninsule, repensée comme un interminable palimpseste, déployé le long de la corderie, où subsiste un ectoplasme d'Italie tourmenté par l'histoire.

    Cet investissement de la corderie n'est pas innocent : c'est là qu'avait été dressée, en 1980, la Strada Novissima de la première Biennale, rue héroïque où se confrontaient une vingtaine d'architectes qui, poursuivant chacun son chemin, inventeraient ensuite l'idée du postmodernisme et renouvelleraient l'idée de modernité.

    LUBIES LUCIDES ET OBSESSIONS DE KOOLHAAS

    Koolhaas était l'un de ces vingt architectes, il a donc pris le train de la nostalgie pour embarquer les visiteurs dans un voyage peut-être un peu rapide pour être absolument limpide. Le drap sépare la corderie dans la longueur. D'un côté, quatre-vingts de ces films qui ont fait la grandeur imaginative de l'Italie. De l'autre, une série de quarante sections confiées à de jeunes chercheurs de toutes disciplines, qui passent au crible l'histoire et la réalité de la Péninsule, assimilée à un reflet du monde en son entier.

    On y trouve tout, comme jadis à la Samaritaine, à Paris : politique, religion, économie, anthropologie, média et même… architecture et urbanisme. Si l'on veut apprendre, car Koolhaas semble tenaillé par une fièvre pédagogique, des cartes et des graphiques révèlent quelques particularités du monde méconnues. Peu regardant sur les risques de promiscuité, Koolhaas a invité les autres biennales vénitiennes – cinéma, théâtre, danse – à faire irruption ici.

    Cet exercice de confrontation est poussé à l'extrême dans une autre des zones sur laquelle le directeur a particulièrement veillé. Elle se trouve dans le pavillon central des Giardini, vaste édifice qui a souvent servi les seuls intérêts de l'Italie. « Elements » est le titre de cet ensemble qui met sous surveillance les quinze éléments supposés primordiaux de l'architecture, d'hier comme d'aujourd'hui et partout dans le monde : plafond, fenêtre, corridor, sol, balcon, cheminée, façade, toit, porte, mur, escalier, rampe, toilettes, Escalator et ascenseur. Chacun est analysé aussi rigoureusement que possible, un peu scolairement, diront certains visiteurs, car l'analyse sert ici d'abord les lubies lucides et les obsessions de Koolhaas.

    On remarque l'Escalator (divorcé de l'escalier), qui, dans l'analyse que fait l'architecte du monde, annonce le temps des espaces infinis, lorsqu'il est couplé avec l'air conditionné. La rampe est traitée en deux exemples : celle des fauteuils roulants et celle de l'architecte Claude Parent qui, de la pente, faisait, dans les années 1960, l'ordinaire de nos sols.

    Les toilettes sont traitées avec un sérieux presque papal. Et le toit fait un long détour par la Chine : le Yingzao Fashi, ou traité de construction imprimé en 1103 par le haut fonctionnaire Li Jie, à l'époque des Song, normalisait tous les éléments, notamment de charpente, dans l'optique plurielle d'éviter les accidents, de répondre au désir d'uniformité de l'empereur, et, à travers les normes, d'empêcher les détournements de fonds.

    Alors que Venise a découvert, le 4 juin, l'ampleur des détournements d'argent liés au colossal projet MOSE pour dompter la lagune et ses grandes marées, ce dernier aspect autorise un sourire.



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    Dernière mise à jour 14/06/2014 à 23:34 - ©2020 SenegalCity.com